Aime ton voisin (3)
Vingt minutes plus tard, mon aimable voisin était toujours en proie à une terrible colère.
Lorsque j'entrai, vers 13 heures lundi, il se tenait dans le hall de l'immeuble, de sorte que je me trouvai face à lui en poussant la lourde porte.
Pour une fois, il avait cru nécéssaire de camoufler sous un bonnet son horrible chevelure -un genre de nuque longue châtaine et grise, sommairement attachée derrière par un élastique, et tombant quelques centimètres sous ses épaules.
Mon voisin ne dit rien lorsque je le croisai. Il attendit que je sois engagé dans les escaliers menant à l'étage pour m'interpeller: «T'avais du courrier. Je l'ai mis en dessous de ta porte ».
Sur le coup, je ne répondis pas. Par réflexe... C'est l'attitude que j'adopte en général avec lui.
Alors que je passais la porte de mon appartement, je l'entends ajouter, du bas des marches: «C'était une enveloppe grise...».
J'explose. De ma porte, je lui rappelle qu'il n'a pas à toucher à mon courrier, et que je l'en avais déjà averti.
--T'as pas le droit de crier après moiiii !!!!
--Ta gueule ! Touches pas à mon courrier, ou tu vas avoir des problèmes !
Encore deux ou trois répliques du même genre résonneront dans le corridor. Je referme ma porte et le laisse se plaindre, seul, dans le hall de l'immeuble.
Je sais qu'il rentre à son appartement, voisin du mien. Il recommence son numéro habituel, qu'il a déjà offert pour moi comme pour d'autres, c'est-à-dire qu'il s'enferme chez lui et et gueule pendant de longues minutes. Les échos me parviennent de la pièce ou je cuisine, et moi, de mon côté du mur, je souris de satisfaction.
Habitué maintenant aux comportements particuliers de mon voisin, je le laisse se défouler, et ne prends même pas la peine d'esayer d'entendre ce qu'il dit, chose qui est possible lorsque l'on tends l'oreille à partir de ma salle de bain, connexe à son appartement.
Je l'entends à présent descendre les marches de l'immeuble en maugréant, puis claquer la lourde porte.
Il remontera à son appartement une dizaine de minutes après, et continuera de s'égosiller dans l'indifférence générale.
