Un Vagabond à New York City (8)
De grandes clôtures de métal ceinture Ground Zero. On peut voir, mais pas aussi bien qu'on le souhaiterait. De toute façon, qu'y a-t'il à voir ?
Un vieil homme blanc, chevelu, d'une soixantaine d'années, est assis sur le sol, en retrait des clôtures, dos à Church Street par où nous sommes arrivés.
L'homme tient une copie d'un journal où apparait sa photo. Deux ou trois cartes sont étalées devant lui. Deux ou trois cartes où sont représentées des planètes, des constellations accompagnées de calculs, entrecoupées de traits.
Deux femmes, assises sur le sol elles aussi, font face à l'homme, écoutent ses explications, prennent des notes.
Sur les clôtures qui ceinturent Ground Zero, la plupart des messages, écrits au stylo-bille, s'effacent déja.
Quelques mots tout pâles. De sobres textes. En noir et blanc, et les photos aussi. Une interminable liste de noms. En ordre alphabétique, sur plusieurs colonnes.
Pas de veuves éplorées errant autour du site. Pas d'enfant que l'on juche sur une estrade pour qu'il pleure son pere à CNN.
Du jour au lendemain, je sautai dans un train pour le Centre du monde, et à chaque heure ou je vagabondai dans cette immense cité, au milieu de cette multitude à 2 ou 6 pattes, au milieu de cette multitude de toutes les formes, de toutes les couleurs, aux innombrables accents, jamais je n'ai pu voir à mes pieds la gigantesque cible blanche et rouge dont tous les journaux du monde ont parlé depuis deux ans. J'eus beau me répéter que je me trouvais à l'endroit précis que l'on cherchais à détruire, jamais je ne me suis senti sur la cible.
Je n'ai trouvé aucun symbole, aucune allégorie du « système », aucun instrument de l'empire, ni dans les insectes à 2 ou 6 pattes, ni dans les listes de noms en ordre alphabétique.
J'ai trouvé des gens, beaucoup, beaucoup de gens, toujours des gens, qui vagabondent matins, soirs et nuits, dans leurs rues, sur leurs trottoirs, dans leurs parcs et leur métro.
Ground Zero, en plein centre-ville du Centre du monde, est une plaie béante qu'on n'essaie pas de cacher, mais que, dans cet endroit au moins, on ne se complait pas à exposer telle une cicatrice.
On voit. Ou on fait semblant de ne pas avoir vu.
Autour, les voitures, jaunes ou autres, n'arretent pas. West Street est depuis longtemps ouverte à une dense circulation. Les locaux traversent les rues, les vendeuses de hot-dogs vendent des hot-dogs et un Noir débonnaire, sans se lever de la chaise pliante où il a choisi de vivre une autre fin de journée au Centre du monde, m'avertit de bien ouvrir l'oeil car la tête de Saddam Hussein vaut 25 millions de dollars... « You never know... maybe he's here in New York City... »
Photos reporduites avec la permission de George Weld ( LikeAnOrb.com ).
Autres photos du 9-11 ici: http://www.likeanorb.com/wtc/index.php .


