Un Vagabond à New York City (5)
J'ai été malade pour la première fois en sol américain vers l'âge de 8 ans, alors que j'avais regurgité sur une plage du Maine tout ce que mon petit estomac pouvait contenir de pizza, de fromage et d'oignons.
Mais ma première cuite en sol américain, ce fut dans les anciens locaux de la ligue ukrainienne de New York City.
Apres une Guinness pleinement méritée dans un endroit énigmatique et étrangement familier, j'allai me terrer au KGB Bar, sombre mais accueillant débit de boisson peint en rouge, où les gloires déchues de l'ancienne Union Soviétique contemplent notre décheance, et où Lénine lui même, installé sur le comptoir, assiste à nos libations capitalistes.
Surgit une sympathique femme de 45 ans, vêtue de noir et chaussée de Converse. Elle s'assoit à ma droite, commande un verre et ouvre un petit carnet dans lequel elle se met à écrire.
Lorsqu'elle me parle enfin, je me rends compte à quel point l'alcool peut aider à comprendre l'accent australien, et je commence aussi à réaliser qu'il est à peu près impossible, dans cette ville, de rencontrer quelqu'un qui soit Américain.
Puis en quittant le KGB, je me retrouve assis par terre un long moment. Face à moi, une pharmacie. Par terre, pas d'insecte indésirable. Quelques passants, qui passent et qui ignorent. Et bien entendu des taxis jaunes, sur Broadway, tout le temps.
Puis cet écho lointain, ce bruit de fond qui, de nuit comme de jour, n'arrête jamais, ou alors qui s'interrompt si subitement qu'on en suspend tout de suite sa conversation, déstabilisé par ce silence inhabituel, voire suspect, qui nous laisse sans voix cinq ou dix secondes, plus vraisemblablement cinq, juste le temps que l'éternel grondement de la ville reprenne.
