Un Vagabond à New York City (1)
PERILLEUX TRAJET EN AUTOBUS
Par la fenêtre du bus, je tentais vaguement de comprendre ce qui arrivait à cette jeune fille aux cheveux violets et blonds qui, en pleurs, tentait d'expliquer quelque chose à ce conducteur qui ne semblait guère coopératif.
Elle nous a rejoint à bord. Resté à Montréal, son copain était parti depuis longtemps.
Moi, je suis demeuré éveillé, malgré la courte nuit. Je voulais observer la route, et, je dois l'avouer, le passage à la frontière me rendait un peu nerveux.
A Venise-en-Québec (est. 1810), Joe Webb a bien failli tous nous tuer, mais il a su freiner à temps.
BRUTALITE A LA FRONTIERE
Le passage du Canaduh aux Etats-Unis s'est déroulé beaucoup mieux qu'anticipé.
Joe Webb est descendu de son bus pour indiquer aux douaniers américains le nombre de passagers qu'il leur amenait. Puis, de la fenêtre, j'ai pu le voir ouvrir la soute à bagages, et en expulser vigoureusement les sacs qui y étaient entreposés, lesquels atterissaient brutalement sur le trottoir.
Passant sous silence toute cette brutalité, je m'entassai calmement avec les autres, à l'intérieur de la douane, en me félicitant d'avoir préservé de Joe Webb mon maigre bagage, que je conservais avec moi, dans l'autobus.
LE PASSAGE
Trois douaniers sont apparus. Nous avons tous défilé devant eux. J'ai vu deux ou trois personnes être expédiées dans une pièce connexe, d'où ils ressortaient quelques minutes plus tard, apparament en bonne santé et avec tous leurs membres aux mêmes endroits.
Un des douaniers, étonnament sympathique, m'a posé quelques questions d'usage, a regardé mon passeport, qui du reste lui semblait sans grand intéret, puis a voulu voir mon billet de retour.
Pour finir, il m'a demandé:
"What's in your bag ? Clothing ? "
"Mostly clothing "
Satisfait de cette réponse, il m'a souhaité bon voyage sous la dictature de Monsieur Bush, ou quelque chose du genre.
BONNIE
St.Albans (Vermont): à bord du train de 10h45, je rencontrai Bonnie.
Elle m'offrit aimablement de choisir le wagon de droite ou de gauche, à ma guise. J'optai pour la gauche.
"People are ugly " ai-je justifié en pointant la droite.
Lorsqu'elle revint, pour vérifier mon billet, Bonnie crut bon de poursuivre cette importante conversation:
"You say that because they are mean ? "
"No ! They're ugly ! Their faces are ugly ! ... I don't like people, I want to travel alone "
Bonnie a déchiré mon ticket, avant d'ajouter qu'il ferait très beau, à New York, dans les trois prochaines journées.
LE TRAIN
Malgré ce qu'on m'en avait dit, le train, sobrement décoré de tapis brun, était confortable. J'en remarquai les plafonds, qui conservaient le jaune d'antan, vestige sans doute d'une époque ou les fumeurs pouvaient encore s'adonner à leur vice dans les wagons.
Je n'avais pas pris le train depuis mes 14 ans, depuis une nuit de décembre ou les chemins de fer enneigés m'avaient portés de Montréal à Rimouski, 600 kilomètres plus loin.
J'étais bien éloigné de toute cette merde maintenant. Plus que jamais.
En dix ans, on oublie forcément certains détails, comme amener avec soi quelque chose à manger pendant le voyage.
Les prix, au casse-croute du train, étaient peu invitants, mais c'etait ça ou crever de faim. Comme pourboire, j'ai refilé de la monnaie canadienne au gros Lomax.
MONNAIES
Le reste de mon argent canadien, je l'ai égaré quelque part dans les rues de New York. Les trois dollars trainent encore par terre, sûrement, au détour de quelque avenue, car aucun américain, même réduit à l'indigence, n'en voudrait.
Pour ce qui est de Lomax, je me suis fait pardonner en lui donnant de l'argent américain lors de mes visites subséquentes. Il fera ce qu'il voudra avec l'argent canadien. Je me suis bien fait refiler deux euros lors du voyage, et je n'en ai rien à faire non plus...
CINQ ETATS
Le train a traversé quatre états avant d'entrer dans cet Empire State tant espéré.
J'ai raté le Massachussets, puis je me suis éveillé en bénissant le ciel de ne pas avoir vu le jour à Hartford.
Il ne me restait qu'à laisser les maisons délabrées et les tristes rues abandonnées de ce déprimant Connecticut céder leurs places dans le crépuscule naissant aux milliers de lumières de Manhattan.
à suivre...
