Maintenant calmée, Heidi s'est assise face à moi, sans invitation, apportant le verre d'eau dont elle paraissait avoir grand besoin.
Soudain subjuguée par le dessin rouge et noir sur mon bras, elle y a plongé ses yeux et m'a offert sa signification personnelle de la scène qui y était representée.
Jamais je n'avais vu ces choses à sa manière.
Puis Heidi m'a parlé des forces qui lui apparaissaient depuis environ un an; et de sa vigilance qu'elle ne devait pas relâcher.
Elle n'a pas repondu à toutes mes interrogations, mais je suis certain qu'elle m'a entendue lorsque je lui ai souligné qu'elle réussissait tout de même à calmer les entités hostiles qu'on envoyait vers elle, de manière à les rendre, sinon amicales, du moins plus tolérantes à son endroit.
J'ai acquiescé lorsque elle m'a dit que cette veille constante devenait épuisante à la longue.
Je ne sais pas si elle se souviendra de moi, ou de mon prénom, lorsque je la croiserai dans quelques semaines ou quelques mois. Je lui montrerai alors mon bras droit et j'imagine qu'elle comprendra en y plongeant ses yeux.
Comme hier, je ne lui poserai pas de questions sur ce qu'elle utilise pour ne pas relâcher sa vigilance.
En détournant mon regard des rides et replis qui vieillissent sa peau dorée, je me contenterai de l'écouter parler de tout ce qu'elle voit, avec ses yeux, seuls endroits où elle parait plus jeune que ses trente-deux années.
Frederic Rappaz © 2002-2005
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