Le jeudi de la colère (un texte trop long)
Il me semble avoir déjà évoqué, et ce à quelques reprises, ce que j'appelle les « périodes de pétage de plombs intensives ».
J'ai aussi évoqué la satisfaction que j'éprouvais lorsque je parvenais à ne pas perdre la tête lors de ces périodes qui reviennent à intervalles réguliers.
Or, lorsque les périodes de pétage de plombs intensives se prolongent indûment et que le hasard joue avec nos nerfs, il est de plus en plus ardu d'éviter de devenir complètement débile.
Jeudi matin, j'arrive du travail... pour apprendre que mon pseudo futur ex-colocataire me laisse tomber bêtement... chose qui ne m'a pas surpris dans un sens. Enterré le plan A, je me tourne vers le plan B que, parallèlement, je continuais à faire progresser, c'est-à-dire me trouver un nouvel appartement pour moi tout seul, et non pour deux personnes.
Mais un appart', ça doit se payer: entre deux numéros de téléphone trouvés dans le journal du matin, j'essaie de contacter cet ancien employeur qui me doit toujours de l'argent... mais sans succès.
J'en ressent une légère frustration, qui triplera lorsque je constaterai, après d'obsessifs appels à la banque, que ma paie -celle d'un de mes employeurs actuels- n'a pas été déposée dans mon compte.
Mais bon... Fred. de s'amuser encore à contrôler les pétages de plombs en se disant qu'il n'y a pas nécéssité de céder à la panique, qu'ils comprendront aisément que j'ai besoin de cet argent tout de suite, qu'ils me signeront un chèque, ou qu'ils me paieront cash sur le champ, après tout c'est mon argent je l'ai gagné bordel ce n'est pas comme si je leur en empruntais !
Je fixe un rendez-vous pour visiter un modeste logis -pour moi tout seul- à 16h30 l'après-midi même, et je me dirige vers la ville, souhaitant amasser la fortune -MA fortune- en cours de route.
Première escale, ancien boulot quitté en mai: pas de problèmes, c'est surprenant, on me donne l'argent qu'on me doit.
Seconde escale: je m'aperçois que la paie n'avait pas été déposée dans mon compte bancaire car on m'avait déjà imprimé un chèque. Que je m'empresse d'empocher.
Tout va donc pour le mieux, après les contre-temps de la matinée.
C'est rempli de confiance que je sors de la station de métro Laurier, que je me perds dans le quartier (comme partout où je vais) puis que je retrouve, dans la direction opposée, la rue Berri, où se trouve l'appartement à visiter.
L'immeuble m'apparaît convenable, le quartier respectable et habitable. Je me réjouis déjà d'entrevoir la fin de l'hideuse tendance, tout en attendant ce propriétaire qui doit me faire visiter les lieux...
Quarante-cinq minutes plus tard, je cesse d'attendre, le visage rouge à cause du soleil qui me tape dessus, des 35 degrés celsius, et du sang qui me monte à la tête.
Seul un amour désintéressé pour les locataires du 5305 Berri, que j'ai tous, ou presque, vu passer durant ma longue attente, m'empêchera d'incendier l'immeuble.
Et n'eût été de la présence d'une voiture de police à côté du métro Laurier, j'aurais probablement commis quelques actes de vandalisme sur mon chemin.
Mais le peu de conscience qui me restait m'interdit heureusement de m'attirer des problèmes. Je me suis contenté de blasphémer allégrement jusqu'au métro, où j'ai heurté la porte tant j'étais concentré à maudire l'objet de ma haine. Je blasphémais encore dans le métro. J'ai voulu passer ma rage dans la bouffe, mais je l'ai plutôt passée en blasphémant encore devant les fenêtres barricadées du restaurant Green Stop, sur l'avenue Mont-Royal.
Le Green Stop qui est fermé !!!
MON restaurant Green Stop, avec ses poutines dégueu, ses serveuses pas sympathiques, son hindou qui torchait le plancher, les infos de LCN qui passaient encore et encore à la télé suspendue au plafond, le poster du King sur le mur, les tout petits juke-box à chaque table où je mettais toujours les deux mêmes chansons mais pas trop fort sinon ça distortionnait et on n'entendait plus.
Je me suis défoulé, mais pas assez, dans un appel sarcastique au propriétaire qu'au bout du compte je n'aurai jamais vu.
Puis je me suis tapé quelques heures de déprime. J'ai franchi les 30 heures sans sommeil, et au boulot, on m'a renvoyé chez moi après trois heures pour que je dorme au moins une fois dans ma vie.
C'est en vagabondant lentement jusqu'à une station de métro que j'ai réglé tous mes problèmes.
Le plan A est mort dans la matinée, le plan B dans l'après-midi; et c'est à quelques minutes de la fin de ce jeudi que j'ai conclu le plan E.
J'ai trouvé le nouvel endroit où habiter, pratique, pas cher, pas loin, pas beau.
Si la tendance se maintient, je serai ailleurs dans 4 jours, un peu par dépit... mais pas dans la rue.
