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aka «Letters to Memphis»:
fictions / anti-fictions / prose urbaine
par Frederic Rappaz, depuis 2002.

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17 janvier 1991

21 mars 2003

J'avais 12 ans à l'époque. Je ne comprenais pas tous les enjeux, mais cette crise, lancée par l'invasion du Koweit par l'Irak en août 1990, m'avait préoccupée du fait que je voyais, par le traitement médiatique qu'on lui consacrait, qu'elle était majeure et inquiétait beaucoup de gens.

À l'école, le directeur nous avait entretenu brièvement, au début janvier si je me rappelle bien, de l'imminence d'une guerre.
J'ignore quelle était son intention, son but, s'il cherchait à nous rassurer, à nous inquiéter, ou encore à susciter chez nous une réflexion, mais j'avais trouvé son intervention totalement superflue, même si elle était probablement motivée par de bons sentiments.

Je ne me souviens pas du directeur, ni de son nom ni de sa tête.
J'ai en mémoire uniquement le moment où il avait interpellé un étudiant au hasard, en plein milieu de son allocution, pour lui demander:
«Toi ! Tu as quel âge ?»
L'étudiant avait décliné son âge et le directeur avait poursuivi:
«Vois-tu... Tu pourrais faire les deux dernières années d'une guerre».

J'avais calculé que si cette Guerre du Golfe devait s'éterniser et durer... disons six ans, comme la seconde Guerre mondiale, j'aurais 18 ans vers la fin du conflit, au moment où la nation pourrait obliger les jeunes hommes à s'enrôler.

La perspective de combats ici, en Amérique, ne m'a jamais effleuré l'esprit, pas plus que la possibilité d'actes terroristes, une notion qui paraissait bien iréelle chez nous à cette époque.
Mais je savais que je ne vagabondais pas ici, sur cette Terre, dans le but de poser des gestes immoraux à l'autre bout du monde, puis éventuellement m'y faire tuer.

Je ne voulais pas avoir à m'enfuir.
J'étais profondément dérangé par la pensée d'être caché dans une forêt, dans la nuit noire, et de voir approcher les faisceaux des lampes de poche de ceux qui viendraient me chercher pour m'amener contre mon gré jusqu'à l'armée.
Faute de solution plus acceptable, j'en conclus que la mutilation volontaire était l'option idéale, quitte à croupir dans une prison quelque part.

Et puis j'avais vu, enfant, ce reportage sur l'armée canadienne, alors qu'un(e) journaliste suivait les premières heures d'une recrue.
Je l'avais vu se faire raser la tête, puis quelques secondes plus tard, se faire hurler des insanités par un crétin en vert.
Tout ceci est trop brutal pour moi.
C'est l'image de l'armée que j'avais encore bien présente à l'esprit lorsque, adolescent, on essaya de me convaincre des beautés de cette option, du bien-fondé de ce choix d'avenir.

Enfin, la guerre a pris fin au bout de quelques semaines, et j'ai pu retourner peinard aux angoisses qui me tenaillaient habituellement, c'est-à-dire réfléchir, le soir avant de dormir, au matin où les glaciers fonderaient, où les océans et les mers déborderaient, où nous serions inondés définitivement.

--Fred. (Vagabond Somptueux... de confection européenne)
Musique du jour: Grant Lee Buffalo "Mockingbirds"

L'a un joli n'oeil, Fred!

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C'etait l'essentiel du message d'aujourd'hui
Bonsoir :P

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