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fictions / anti-fictions / prose urbaine
par Frederic Rappaz, depuis 2002.

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De l'inutilité de boire en hiver

13 février 2003

Entre deux de ces rêveries persistantes au sujet de Tijuana, du Mexique, du dernier jour d'hiver et tout ce genre de trucs que je réitère obsessivement depuis trois mois, il m'arrive, occasionnellement, d'être convié à quelque beuverie.

Rarissimes sont les refus que j'objecte à ce type de propositions.
C'est donc les fruits d'une longue tradition qui m'amena, hier, à occuper une journée de congé en récupérant d'une soirée copieusement arrosée de bière rousse, soupirant à chaque nouveau regard exaspéré vers le triste spectacle hivernal que la Nature nous offre.

Car si, de l'avis partagé par plusieurs, la chaleur et l'alcool se conjuguent parfaitement, pourquoi donc tant de mes concitoyens (incluant moi-même) persévèrent et affrontent quand même l'inhospitalière saison qui sévit actuellement, dans le but de trouver refuge au fond de quelque pub, bar ou bistro où on leur servira à boire ?

Je m'interroge sur la pertinence de ces libations à huis clos, entre les murs d'un club humide, ruisselant de la sueur de ces fêtards dégoulinants de neige et de merde, gesticulant, dansant, courrant et s'agitant en tous sens.

En réalité, la beuverie qui nous incite à sortir ne représente en fait rien d'autre que la trop courte trêve entre la marche accélérée, dans la neige et le froid, jusqu'au bar choisi, et cette autre marche -titubante et incertaine- qui nous ramène à nos appartements.

L'été, pourtant, la première promenade peut, si le buveur le désire, s'agrémenter de nombeuses escales improvisées, prétexte à descendre un ou deux verres pour la route ou à saluer une connaissance croisée à l'improviste.

Quant à la promenade du retour, celle qui ne manquera pas de se concrétiser lorsque barmans et videurs nous auront jeté à la rue à 3 heures du matin, la saison estivale la rend encore plus agréable.
Alors que l'hiver, les taxis sont l'objet de luttes féroces dans la neige sale des rues, que des courses effrénées se déclenchent contre le vent glacial pour attraper un des rares bus sillonant toujours la ville, l'ivrognerie estivale se complète de la façon la plus gracieuse qui soit.

D'abord d'interminables conversations sur le trottoir, où nous déblatérerons après nos abus des dernières heures, comme nos grands-pères déblatéraient jadis sur le perron de l'église après la messe.
Puis, si la beuverie ne se poursuit pas chez quelque généreux quidam du quartier ayant eu la brillante idée d'emmagasiner chez lui bière et spiritueux, nous prendrons le chemin du retour, sans se presser, vagabondant sous un ciel éclairé par l'aube naissante.

À l'opposé de l'hiver où l'on voit les buveurs se disperser dans un chaos sans nom pour préserver leur ivre personne des rigueurs de la saison, le saoûlon estival prend son temps, conclut la fiesta amorcée la veille l'esprit en paix et le sourire aux lèvres.
Il n'a cure d'aller se coucher, de se battre pour un taxi surchauffé, ou d'agripper un réverbère secourable qui l'empêchera de se rompre les os sur la glace des trottoirs.

Dans la morne solitude des lendemains de brosse de la mi-février, je nous revoit en juillet, nous qui étions toujours partants pour une nuit blanche (une vraie) terminée aux aurores dans un café quasi-désert, où nous dégrisions aux premières lueurs du jour.
Où nous attendions l'heure où le départ des premiers métros nous sauverait du choc des rayons aveuglants dans nos pupilles alcooliques.

Dans ces glorieux instants, la paupière lourde, l'idée confuse et l'haleine houblonneuse, la tête couchée sur une table, la page 3 du journal imprimée sur la gueule, le picoleur Québécois ne se doute point de la chance qu'il a de pouvoir éructer à la chaleur caressante d'un soleil d'été, ni de cette menace sinistre qu'est l'interminable hiver prêt à lancer un nouvel assaut.

--Fred. (Vagabond Somptueux... de confection européenne)
Musique du jour: Harvey Danger "Private Helicopter"

Eh be dis donc!! Impressionnant comme texte!! j'ai pas autant de scrupules à boire en hiver, mais il faut dire qu'ici, il fait nettement moins froid. ca fait une semaine que le soleil brille tous les jours.

mina">mina

Aujourd'hui..Ensoleillé. Maximum près de moins 20. Vents d'ouest de 15 à 30 km/h diminuant en début de soirée à 10 à 20. Refroidissement éolien élevé moins 33.

Paradoxalement, ça me donne envie de boire quand je lis ça.
Bonne journée :)

UnVagabond">UnVagabond

Jai l'gosier sec.

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