rappaz.net : depuis 2002
à propos de... | contact | archives | photos | vidéos | entendu à montréal | le bêtisier | gargouillis | rappaz.net, les livres

Hypocondrie 101

19 janvier 2003

Alors que nous sommes frappés par une épidémie de gastroentérite, et que toutes mes connaissances tombent les unes après les autres, en proie à la grande et terrible chiasse, moi je me tape bien peinard mon rhume annuel, et je médite longuement sur les forces et limites de mon enveloppe corporelle.

En attendant la guérison ultime, je médite sur l'incidence réelle de la Tylenol gobée hier soir avant d'aller dormir.
Je me demande si le fait que je me sente mieux aujourd'hui ne serait pas surtout causé par l'effet rassurant de cette pilule providentielle, plutôt que par ses propriétés médicamenteuses.

160 grammes d'acétaminophène agiraient-ils d'abord et avant tout sur ma peur d'avoir de la fièvre et de me réveiller en sueur à 4 heures du matin, paniqué à l'idée d'avoir chopé une méningite et d'être en train de vivre mes dernières heures sur terre, seul, dans le noir, avec comme seule chance de secours une marche pénible dans la neige, le vent et les 20 degrés sous zéro jusqu'à l'hôpital le moins loin ?

Je ne peux nier que, peu importe les conséquences réelles de l'ingestion de ce médicament bleuté, l'effet recherché a été atteint: je n'ai pas eu de fièvre, et je me sens mieux qu'il y a 24 heures.

Mais mon corps ne devrait-il pas refuser ces concoctions chimiques et se guérir de lui-même, comme il a la propriété d'assimiler sans ennuis chaque bout de métal que j'ai inséré dans ma peau ? Comme il résiste fort bien, chaque jour, à l'agace-trop préalablement mentionnée.

Délivré momentanément des affres de l'hypocondrie maladive, j'ai cru que l'étude de certains écrits anciens m'aiderait à trouver la voie:

"...la contrainte que j'ai exercée sur moi-même en ne me laissant plus soigner, dorloter, médicamenter, tout cela démontre que je possédais une certitude instinctive et absolue de ce qui m'était alors nécéssaire. Je me suis pris moi-même en traitement, je me suis guéri moi-même. La condition pour réussir une telle cure (...) est d'être bien portant au fond. Un type nettement morbide ne peut pas guérir et encore moins se guérir lui-même."
(Friedrich Nietzsche Ecce Homo, 1888.)

Puis je me suis interrogé sur la crédibilité de cet individu, dont les écrits sont certes respectables, mais qui a quand même vagabondé quelques temps à travers l'Europe en cherchant le climat le plus propice au soulagement de ses douleurs physiques... et qui est mort à 55 ans après 11 années de démence profonde.

Comments (10) Partager |Hyperlien | Toi, qu'est-ce t'en dis ?
Frederic Rappaz © 2002-2008
Tous droits réservés. Photos : © Frederic Rappaz (sauf avis contraire)