UnVagabond à 3-Rivières: on the road
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L'indéniable talent d'auto-stoppeur que la légende attribua au Vagabond Somptueux de confection européenne aurait-il connu une de ses rares défaillances ?
Première partie...
Samedi soir. 14 décembre 2002.
La vie d'ermite est difficile à supporter lorsque l'attrait de la route et celui de l'alcool combinent leurs efforts pour faire vaciller la détermination du Vagabond à rester enfermé chez lui.
C'est la raison pour laquelle je me suis retrouvé, vendredi soir à...21 heures, en bordure d'une autoroute, pour me rendre jusqu'à 3-Rivières.
J'évite habituellement de pratiquer l'auto-stop de nuit, pour des raisons plus qu'évidentes: la circulation est moins dense, même sur les autoroutes, et la noirceur me rend moins visible aux automobilistes, qui ne m'aperçoivent qu'au moment de passer à côté de moi.
Ajoutez à cela que je prends rarement la route en plein hiver.
Comme UnVagabond doit aimer relever des défis, j'ai ajouté à l'obstacle de la pénombre et de la saison un autre obstacle: la route. Un chemin plus long que nécéssaire, celui de l'autoroute 20, qui oblige à faire un détour par une route secondaire de campagne pour atteindre 3-Rivières.
L'auto-stop est le moyen idéal de faire des rencontres bizarres et le fait que l'on soit en pleine nuit, ou au mois de décembre, ne fait pas mentir cette règle.
Le premier bon samaritain qui me fit monter à bord me raconta dans le détail sa vie des 15 dernières années, du moins ce qu'il se rappelait. Ma seule erreur fut de lui demander la raison de sa visite à Montréal, d'où il revenait après avoir assisté à un... meeting des Narcotiques Anonymes.
C'est ainsi que ce type, sympathique malgré tout, m'expliqua qu'il avait décidé, il y a 3 mois, de cesser de boire et de consommer. Comme preuve de ses efforts, il me pointa la douzaine de bouteilles d'eau qui jonchaient le plancher de son véhicule.
Il m'a dit qu'il devait se calmer un peu, car il avait 28 ans, qu'il devait de l'argent à tout le monde, et qu'il avait commencé à se geler à 14 ans, ou peut-être à 16 ans, ou encore à 12, enfin ça changeait d'une fois à l'autre, à mesure que s'allongeait le récit de ses déboires.
Le voyage, après un départ de Montréal laborieux, prit une meilleure tournure avec cet homme, qui me laissa près de Saint-Hyacinthe, et je me pris à espérer arriver relativement tôt à 3-Rivières.
C'était sans compter ma première, et probablement dernière visite dans la région pittoresque de Sainte-Eulalie, où je devais connaître une des plus longues attentes de ma carrière d'auto-stoppeur.
J'ai du patienter près de 90 minutes, dans la nuit de décembre, devant un pseudo truck-stop où je n'ai vu ni camionneur ni camion.
Au bout d'une trentaine de minutes, un magnifique pick-up brun de 20 ans d'âge freina sa course folle de 30 km/h pour s'immobiliser devant moi.
Après de laborieuses manoeuvres, un vieux roteux mal rasé réussit à ouvrir la portière du côté passager.
Il m'appela Alexandre, et je me gardai bien de briser ses illusions.
Au travers des volutes de fumée de cigarette, je parvins à distinguer son visage égaré et sa barbe sale. Au travers des notes western hurlées par sa radio, je parvins à distinguer sa voix rauque et hésitante. Je compris le mot Bécancour, il comprit que je préférais attendre que quelqu'un d'autre arrête sa voiture. C'est si beau la compréhension entre des gens de régions et de culture différentes.
Longtemps, très longtemps après, longtemps après que la circulation se soit fait rarissime, un homme dans la quarantaine a finalement consenti à me laisser monter à bord.
Il m'a parlé de sa soeur invalide qu'il venait de ramener à Victoriaville, de ses "amis de la shop". Il m'a vanté les attraits que 3-Rivières mettaient à la disposition des touristes, c'est-à-dire de nombreux débits de boisson et, surtout, LE BORD DU FLEUVE, et il m'a déposé devant le bar où je devais me rendre, sur la rue Hart.
Je fus accueilli par le plus beau spectacle qui soit, celui qui fait comprendre assez clairement le genre de fin de soirée que l'on va vivre: le spectacle d'un nerd qui pukait jaune sur le trottoir.
Il était 2 heures du matin... Les circonstances étaient favorables pour une des beuveries les plus rapides de ma vie.
