Vagabond, Interrupted
Je n'allais quand même pas monter en voiture avec de parfaits inconnus, par un temps pareil.
La neige trop abondante (la neige est toujours trop abondante, surtout à ce moment de l'année) m'a persuadé de rester à Québec une journée supplémentaire.
J'aurais pu opter pour le moyen de transport le plus sécuritaire: l'autobus. Mais à quarante-deux dollars le billet, on me comprendra de m'être abstenu.
Ces heures supplémentaires dans la Capitale m'ont donné la possibilité de passer la soirée SOUS SUPERVISION dans la Basse-Ville, au bistro Scanner d'abord, puis aux Salons d'Edgar. J'aurais été incapable de passer une bonne soirée si j'avais dû monter dans la Haute-Ville.
J'étais avec une des rares personnes qui a de l'importance sur cette planète, pour le reste, voici ce que ça a donné...
Rencontre sans importance #1: le type qui travaille au Scanner, rue Saint-Vallier, est le même que l'automne dernier, lorsque j'étais au chômage et que j'allais prendre l'espresso dans ce bistro, avant l'entrée des étudiants.
Je ne sais s'il m'a reconnu. Probablement que oui, les gens me reconnaissent toujours.
Rencontre sans importance #2: un chauffeur de taxi, un conducteur jeune (ce qui est fort rare), m'a appris certains faits totalement inutiles.
Par exemple, Québec-Montréal en taxi coûte 350 dollars.
Pour Québec-New York, c'est 1100 dollars. Quatre touristes américains ont payé cette somme le 11 septembre 2001.
Rencontre sans importance #3: un moustachu jovial, employé (peut-être même propriétaire, vu son âge) du restaurant Ashton, sur la 1ère Avenue, a longuement fait état, devant une laidronne aux dents croches, de ses souvenirs des années 1970...
«On avait plus de liberté que vous autres»
«On écoutait la musique forte, maintenant j'ai des problèmes»
«J'en écoutais du Supertramp !»
«On avait pas toujours la police au cul, comme aujourd'hui !»
«J'avais un ORCHESTRE, en plus !»
Lorsque ce fut mon tour de défiler devant lui, pour recevoir ma commande, il a poursuivi, sur le même ton, spécifiant que j'étais chanceux d'être jeune et d'avoir «tout ce qui existe aujourd'hui».
J'ai refusé de donner mon approbation, préférant l'encourager en répondant: «Oui mais vous aviez plus de liberté !».
Puis j'ai réclamé 4 sachets de mayonnaise, mettant un terme à une conversation qui promettait pourtant quantité de moments forts.
Je suis rentré avec une poutine déguelasse. Ça va me foutre des crampes, comme à chaque fois que je mange la merde qui vient de ce resto. Mais c'est de la merde qui en vaut bien une autre.
Et, au moins, il ne m'ont pas fait le coup du fond de plat rempli de pommes de terre qui ont passé dans la friteuse deux fois.
Je connais l'arnaque, j'ai déjà travaillé dans un de leurs restos.
