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Vagabondage à Québec City: départ

26 novembre 2002

Je ne sais pas trop à quoi sert ce voyage, mais une chose est sûre, je suis dans un meilleur état que vendredi dernier.

D'abord, je n'ai plus l'impression désagréable d'être sur le point d'obtenir mon aller-simple pour l'asile.

Je sais que c'est un sentiment banal, fréquent, que celui de devenir fou, mais il reste que j'avais un peu perdu l'habitude de le ressentir.
Ça explique pourquoi j'ai décidé de me sauver samedi dernier. Je me sens mieux maintenant, et même le visionnement de "Girl, Interrupted", dimanche soir à la télé, ne m'a pas affecté.

L'homme qui conduisait, samedi dernier, le taxi qui m'a mené au terminus, voulait devenir mon ami, je crois. Du moins, il tenait absolument à me faire la conversation.
Je n'avais pas envie de parler, je l'avoue.
D'autant plus qu'il a mis du temps à se pointer, beaucoup de temps, et que j'étais bien déterminé à ne pas lui laisser un sou de pourboire lorsque je suis monté dans son véhicule.
Au moins, c'était confortable là-dedans. Et chaud, parce qu'on se les gelait samedi, c'était atroce...

Le chauffeur: barbiche noire, grosses lunettes épaisses, et un sourire qui donnait l'impression d'être tatoué à jamais dans sa figure jaune.

Réalisant, dans un éclair de lucidité bouleversant, qu'un seul mois nous séparait de Noël, il a cru bon de me souligner que les Québécois étaient ceux qui célébraient le plus cette fête.
Je ne lui ai pas demandé de preuves, je n'ai pas voulu non plus le décevoir en lui disant que je ne fêtais jamais vraiment Noël, et que je n'avais pas passé de 25 décembre dans ma famille au cours des 6 dernières années.

Il a changé de sujet; m'a demandé où j'allais, vu que je lui avais demandé de me déposer au terminus.
Je lui ai dit que j'allais passer quelques jours à Québec.

Alors, le conducteur de ce taxi m'a dit qu'il n'y avait rien de mieux que les voyages en autocar, la nuit. À la noirceur.
J'ai approuvé, et, soudainement, il m'a paru plus sympathique.

Le type m'a dit avoir souvent fait le trajet Toronto-Québec la nuit, et qu'il adorait, et qu'il aimait aussi quand le bus s'arrêtait dans un restaurant quelconque, pour faire une pause, dans un village inconnu.
Ça m'a rappelé le milk-shake que j'avais bu, une nuit d'octobre, dans un restaurant quelconque, et une ville inconnue, quelques jours avant mes 15 ans, alors que je m'étais sauvé.
Et le type m'a paru, sans le savoir, encore plus sympathique.

Puis il m'a avoué qu'autrefois, c'était son métier, dans son pays, de conduire des autobus voyageurs.
Mais le jour seulement !

--Et pourquoi pas la nuit ?

«Parce que la nuit, dans mon pays, ils nous tiraient avec des mitraillettes ! » qu'il m'a répondu en riant, comme si c'était là la chose la plus comique qui ait existé.

--Et c'est quoi votre pays ?
--Le Cambodge !

Alors je suis parti à Québec. Et j'ai donné 3 dollars de pourboires à ce monsieur. Beaucoup trop, mais il le méritait.

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